Marie Lebrun
Potière & Animatrice

De l’éducation populaire à la céramique artisanale, un parcours guidé par les projets collectifs, le travail de la terre et le désir de créer des objets du quotidien.

Marie au tour vue du ciel
Marie

Les chemins qui m'ont menée à la terre

Diplômée du travail social, j’ai longtemps cherché comment contribuer à la transformation du monde tout en restant au plus près des personnes.

Très jeune, j’ai découvert l’éducation populaire à travers une association de chantiers internationaux de jeunes volontaires. J’y ai d’abord participé comme bénévole avant de devenir responsable de l’organisation de chantiers de développement local dans de petits villages de l’Allier et responsable pédagogique des équipes de volontaires. Cette expérience a profondément marqué ma manière d’envisager le travail, la coopération et l’engagement citoyen.

Pourtant, le travail social ne me suffisait pas entièrement. Il me manquait un métier de la main, une pratique concrète qui permette d’entrer en relation autrement avec les personnes et avec le monde.

Je suis alors partie voyager pendant un an et demi en Amérique latine. Ce voyage a été déterminant. À mon retour en France, j’ai décidé de me former à la poterie.

assiettes à dessert en grès noir émail blanc

Pourquoi l'argile ?

Parce que j’ai toujours été fascinée par l’ingéniosité humaine et par la capacité des femmes et des hommes, depuis le Néolithique, à fabriquer les objets du quotidien à partir des ressources qui les entourent. J’aime l’idée d’autonomie qu’incarne la poterie. J’aime aussi la trace immédiate que nos mains laissent dans l’argile, cette matière capable d’enregistrer le moindre geste.

La terre est un formidable moyen d’expression, mais aussi un terrain d’exploration scientifique. Chaque cuisson transforme la matière en profondeur. Les hautes températures reproduisent, à leur manière, les phénomènes de métamorphisme qui façonnent les roches au cœur de la Terre.

Mon lien à l’argile est profondément empreint du monde paysan dont je suis issue. Je suis particulièrement touchée par l’histoire, la simplicité et la fonctionnalité des poteries dites «paysannes », conçues pour accompagner les gestes du quotidien et traverser les générations. Travailler la terre est pour moi une façon de prolonger ce lien essentiel avec le vivant, les ressources locales et les savoir-faire ancrés dans un territoire.

Marie devant son tour avec une tasse en fabrication
tasses en grès noir chamotté émail granitique

La terre comme bien commun

J’ai alors découvert la magnifique région du Larzac et le bonheur de retourner à l’école. À l’école AGIR Céramique, j’ai eu la chance de me former auprès des maîtres potiers Christian et Ariane Coissieux. Cette formation m’a permis d’approfondir des disciplines aussi diverses que la physique, la chimie, la géologie, l’histoire de l’art, le dessin, la sculpture et, bien sûr, le tournage, qui demeure aujourd’hui au cœur de ma pratique.

Mais je ne souhaitais pas devenir une potière isolée dans son atelier. J’avais besoin que mon travail s’inscrive dans une réflexion plus large sur nos façons de vivre ensemble.

J’ai ainsi été paysanne pendant vingt ans au sein d’une aventure collective : la reprise d’une ferme à plusieurs. Ce projet cherchait à interroger concrètement notre rapport au pouvoir, à l’argent et aux modes de décision collectifs. J’y ai développé un atelier de poterie comme support pédagogique d’accueil à la ferme. J’ai eu la chance d’y accompagner des publics très variés et de découvrir combien la pratique de la terre peut être un formidable outil de transmission, de rencontre et d’émancipation.

Le Champ des Poteries

En 2026, j’ai choisi de me consacrer pleinement à la poterie, à mes propres recherches de créations et à l’animation.

J’ai nommé mon atelier « Le Champ des Poteries » en référence au « champ des possibles ». Ce nom évoque pour moi l’ouverture, la créativité et la diversité des chemins que la terre permet d’explorer. Il parle autant de mes créations personnelles que des projets collectifs, pédagogiques et humains construits avec l’argile comme vecteur.

Aujourd’hui, la région d’Iffendic, ma nouvelle terre d’accueil, va m’offrir de nouvelles pistes de recherche. Chaque pièce que je réalise porte l’empreinte de ce parcours : l’attachement aux matières locales, la curiosité pour les savoir-faire anciens et la conviction que les objets du quotidien peuvent être porteurs de sens, de beauté et de lien.

marmite en terre des Rairies émaillée